NOTRE PÈRE (5)

Jusqu’à Noël, nous allons réfléchir à ce que dit profondément le Notre Père, aidés par ce qu’ont écrit François d’Assise, les papes François et Benoît XVI, le Cardinal Barbarin, le Cardinal Daniélou, les pères de Bruchard, Bernard Bro dominicain, François Varillon jésuite, Jean-Pierre Batut Évêque de Blois, Frère John de Taizé, Jacques Duquesne journaliste. C’est leur pensée et seulement leur pensée que l’on trouvera dans ces textes ; je n’ai fait que rassembler, mettre en rapport pour faciliter la lecture.

                   QUE TA VOLONTE SOIT FAITE

Dans les moments les plus difficiles de sa vie, à Ghetsemani, Jésus expérimente toute l’étendue et la puissance du mal, et il prie : « Abba, non ce que je veux mais ce que tu veux ». (saint Marc 14,32-42) Ce n’est pas du fatalisme, un « faute de mieux » mais la certitude que son Abba désire le mieux pour lui et pour le monde.

Comment faire la volonté de Dieu ? En étant lumière, en brillant puisque le Christ nous dit « vous êtes la lumière du monde » (saint Matthieu 14-16) sans oublier qu’il dit aussi : « je suis la lumière du monde » (saint Jean 8,12) et que nous ne serons lumière qu’en vivant unis à lui ; faire la volonté de Dieu, c’est le laisser faire sa volonté en nous et à travers nous.

Faut-il s’aplatir comme un courtisan ? S’en remettre à un Louis XIV céleste qui agirait selon son bon plaisir ? Non, je fais mienne sa volonté, mais j’ai besoin qu’on m’aide ; en vérité, il s’agit d’une demande de discernement.

Le livre de la Genèse montre le premier non, le non des origines, quand l’homme a préféré penser à lui-même plutôt qu’à son créateur ; ce faisant, sortant de la communion avec Dieu, il a commencé à avoir peur. La peur indique toujours que je suis en train de dire non à Dieu. Voilà ce que fait le péché. Mais Dieu ne laisse pas l’homme à la merci de son mal : aussitôt, il le cherche : « où es-tu ? » dans quelle situation t’es-tu mis ? 

Et il y a le grand oui, celui de Marie, entier, total, pour toute la vie ; et de même que le non des origines avait fermé le passage de l’homme vers Dieu, le oui de Marie a ouvert la voie à Dieu parmi nous. Il y a en chacun de nous une histoire du salut faite de oui et de non. Mais nous sommes experts du oui à moitié, pour faire semblant de ne pas bien comprendre ce que Dieu voudrait. Le mal profite de ces oui manqués.

    SUR LA TERRE COMME AU CIEL

Sur la terre comme au ciel » ; pour désigner une totalité, les Juifs apposaient deux termes extrêmes, comme nous disons « de la tête aux pieds ». C’est donc la totalité de l’univers dont il est question.

Cette communion entre le ciel et la terre est entrée dans une phase décisive avec la venue du Fils de Dieu comme l’un de nous. (saint Luc 2,14 et saint Jean 1,51) C’est aussi un engagement, une manière de dire : « donne-moi de révéler ta vie dans les moindres événements de mon existence ». Nous sommes le corps du Christ, il est la tête ; dans la première partie du Notre Père nous nous unissons à la prière de la tête ; ici, c’est la prière du corps.

Dieu respecte absolument la liberté de l’homme. Il la crée : ce n’est pas pour la pétrifier ou la violer. Il propose, il invite. Il ne dit pas « je veux » mais « si tu veux ». Sa volonté, c’est son projet pour l’homme « On t’a fait savoir, homme, ce que Yahvé réclame de toi : rien d’autre que d’accomplir la justice, d’aimer avec tendresse, et de marcher humblement avec ton Dieu ». (livre de Michée 6,8)

Là où la volonté de Dieu est faite, là est le ciel ; l’essence du ciel est d’être l’union entre volonté et vérité. La terre devient ciel dans la mesure où la volonté de Dieu y est faite, c’est pourquoi nous demandons que la terre devienne ciel.

Au plus profond de l’homme, il existe une communion de savoir avec Dieu que nous appelons conscience. Mais cette communion de savoir avec le Créateur, qu’il nous a donnée en nous créant « selon sa ressemblance », a été enfouie dans l’histoire, recouverte de multiples façons ; c’est pourquoi Dieu nous a de nouveau parlé avec des mots qui s’adressent à nous de l’extérieur et viennent en aide à notre savoir intérieur désormais trop voilé. Cette parole est révélation de la nature de Dieu lui-même et ainsi, interprétation de la vérité de notre être.

Dans l’Ancien Testament, être « juste » c’était vivre de la Parole de Dieu, et donc de sa volonté, et entrer progressivement en parfaite harmonie avec cette volonté. À ses disciples qui lui apportent à manger, Jésus dit : « ma nourriture, c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé ».(saint Jean 4,34) Jésus, au sens le plus profond et le plus authentique est « le ciel » lui en qui et par qui la volonté de Dieu est entièrement faite. Il nous accepte, nous tire vers le haut jusqu’à lui et, dans la communion avec lui, nous apprenons nous aussi la volonté de Dieu.

François d’Assise : 

Que ta volonté soit faite, c’est-à-dire : accomplis ta volonté en toute personne bonne. L’apôtre Jean dit : « Celui qui fait la volonté du Père demeure pour l’éternité ». Voici ce que dit le Seigneur : Ma volonté n’est pas en vous, car vous croyez pour un temps et au temps de la tentation vous reculez. 

   Je suis venu au nom de mon Père et vous ne m’avez pas reçu 

Alain DE GUIDO