Miracle

Du latin « mirus » = prodige, qui surprend, digne d’être admiré. On retrouve cette racine dans « mirifique », miroir, merveille, et même dans le breton : musée = mirdi.

 

Quand ils proclament leur foi, les chrétiens disent le « Je Crois en Dieu » ; en latin : « Credo ». Aucun des deux textes possibles ne parle des miracles, sauf de la Résurrection, qui n’est pas à proprement parler un miracle puisque tous les miracles l’annoncent. L’Église ne nous demande pas de croire aux miracles ? Pourquoi ? Par méfiance parce que nous avons tous tendance à la crédulité, au supra-normal, au magique ? Peut-être. Pas sûr.

 

Les miracles n’ont pas d’intérêt par eux-mêmes ; à ceux qu’il guérissait, Jésus demandait de n’en pas parler. Les miracles ne sont là que pour nous faire comprendre autre chose, qui est, comme tout ce qui nous lie au Christ, du domaine de l’Esprit ; l’Esprit agit de manière visible, il n’y a là rien de surnaturel qui puisse donner lieu à de la superstition, à des pratiques magiques. Un miracle est un signe. On pourrait dire comme Sartre qu’il y a un signifiant, et un signifié ; le signifiant, c’est ce qui se voit et nous parle, la guérison ; le signifié, c’est une autre réalité que celle immédiate : la puissance de l’amour de Dieu. Un proverbe chinois dit que « quand le sage montre la lune, le fou regarde le doigt. » Un miracle, c’est la même chose, il faut comprendre ce qu’il montre et ne pas s’arrêter au signe, au geste.

 

Le miracle est un signe mais le miraculé aussi ; Jésus ne dit pas à ceux qu’il guérit : « hein, t’as vu, ce que je peux faire ? » mais : « va, ta Foi t’a sauvé. » Le Père Varillon  écrivait (joie de Croire, Joie de vivre) : « on se sauve soi-même en adhérant à la proposition du salut.» C’est parce que nous croyons à la puissance d’amour, donc de guérison du Christ, que nous sommes guéris, sauvés, remis debout, désaveuglés… remis en condition de vivre, mais dans notre condition d’avant la maladie. Ce n’est donc pas une résurrection. Les miracles sont ce que Françoise Dolto (l’Évangile au risque de la psychanalyse) appelait des « réanimations » ; ils nous remettent en vie, mais comme avant. La Résurrection elle, nous entraîne dans une vie nouvelle : Quand les apôtres perçoivent sa présence, le Christ porte ses plaies. Il n’est plus comme avant.

 

Ce qui est signifié, c’est que la réalité de la maladie ou de la mort ne peut rien contre la vie. Dans le miracle, il n’y a rien de magique, d’illusoire. Marion Muller-Collard théologienne réformée écrit : « La magie évite ou crée à partir de rien ; le miracle restaure… reconduit quelqu’un vers sa véritable condition… Jésus nous enseigne qu’il y a une façon d’être vivant qui ne donnera pas d’emprise à la mort. »(Réforme03/04/2014)

 

Mais l’idéal est de croire sans voir ; Jésus dit à Thomas qui veut voir ses plaies : « Parce que tu as vu tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. » (Évangile de saint Jean 20,29) Sur certaines icônes anciennes, autour du Christ il n’y a ni Judas ni Thomas, les deux qui n’ont pas cru ; deux formes de trahison ? Nous sommes tous concernés : Thomas était surnommé Didyme, le jumeau ; mais nulle part dans les Évangiles on ne cite ce jumeau ; car le jumeau c’est nous (cf. Varillon), l’incrédule c’est chacun de nous, qui avons besoin des miracles pour croire.